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Le mot du garde…. au sujet des exploitations forestières. (2)

Dernièrement, aux abords du refuge de Farneils et l’arboretum de Font Romeu sont apparus des tas de troncs d’arbres, régulièrement emportés par des camions.
Les plus curieux qui sont allés voir ce qui se passait en forêt, ont vu un paysage forestier ponctuellement transformé et des chemins fortement dégradés. Devant ce constat plusieurs réactions : c’est souvent surprise et interrogation, teintées parfois d’indignation
 

Je me dois d’apporter quelques précisions à quelques échos entendus ici où là:

Oui, les exploitations sont nécessaires : sans elles à Font Romeu comme ailleurs, l’état boisé ne pourrait être constant, sans elles le renouvellement naturel, faute de lumière, ne pourrait se faire, et enfin sans elles tout un pan de l’économie serait impacté : papèterie, construction, menuiserie…

Oui, il y en a déjà eu et il y en aura encore : c’est cette succession d’interventions qui ont façonné et qui maintiennent le paysage forestier tel que nous le connaissons aujourd’hui. Rares sont les endroits où on ne trouve pas de souches plus ou moins récentes…

Non, ce n’est pas n’importe quoi : les exploitations de cette année, programmées dans un programme de gestion (appelé Aménagement Forestier) ont été regroupées afin d’en restreindre dans le temps l’impact visuel inévitable. Cet aménagement est rédigé et révisé tous les 20 ans. C’est un pilier de la foresterie française depuis des siècles. C’est un acte de gestion durable en place bien avant que cette dernière soit en vogue. Cette gestion est reconnue par le label PEFC.

Non, ce n’est pas n’importe comment : les arbres extraits ont été préalablement désignés et comptabilisés par les forestiers au cours d’une opération appelée martelage, nom venant du marteau forestier. C’est avec cet outil qu’est apposée la marque d’Etat au pied (le pourquoi en est expliqué dans quelques lignes) et sur le tronc de l’arbre à couper.

Ces arbres sont choisis selon différents critères au cours de la vie de la forêt :

            - mise à distance et sélection pour une croissance optimale et obtention de bois de valeur. Ce sont les coupes d’amélioration.

            - mise en lumière du sol à l’âge optimal d’exploitation par un martelage dynamique : les plus beaux semenciers sont préservés et leurs graines trouveront les conditions idéales pour germer et constituer ainsi la forêt de demain. Ce sont les coupes de régénération

            - extraction de ces semenciers lorsque la régénération est acquise. Dernière opération sur l’ancien peuplement, c’est sans surprise qu’elle a été appelée coupe définitive.

Non, ce n’est pas du pillage : cette opération réalisée, le volume de bois comptabilisé est vendu sur pied au plus offrant (et au-delà d’un prix de retrait) au cours d’une vente bisannuelle destinée aux seuls professionnels exploitants forestiers (français ou européens). La majeure partie de la recette revient au propriétaire : Etat (Forêt Domaniale) ou municipalité (Forêt Communale).

Non, ce n’est pas l’anarchie : l’acheteur fait son affaire de la coupe et de l’extraction des arbres marqués et uniquement de ceux-ci, dans le respect d’un règlement national et des clauses édictées lors de la vente.

Oui, il y a un contrôle : et c’est une des facettes du travail du forestier de terrain, qui surveille le déroulement de l’exploitation et la présence d’une marque sur la souche des arbres coupés.

Oui, l’exploitant a des obligations : au-delà de ses obligations légales et règlementaires durant l’exploitation, Il doit restituer l’infrastructure du site dans l’état où elle se trouvait avant son intervention. Cet état a été relevé dans un  « état des lieux initial » établi contradictoirement avec l’exploitant forestier : ainsi, à Farneils, même si l’exploitation est terminée, l’exploitant devra, (dès que les conditions climatiques le permettront), remettre en état la voirie endommagée par tout moyen efficace. Faute de quoi cette remise en état sera effectuée à ses frais après mise en demeure infructueuse. De plus la caution déposée par l’acheteur au moment de la vente ne sera pas levée avant achèvement des travaux de remise en état.

Non, ce n’est pas le chaos : le désordre apparent n’est que transitoire, les branches au sol et chutes de bois seront rapidement dégradées et restitueront la matière organique sans laquelle le sol ne serait que du sable. Une part de ces rémanents (nom donné à ce qui reste au sol après la coupe) pourra en outre être récoltée dans les prochains mois en bois de chauffage par les particuliers munis d’une autorisation de l’ONF.

N’oublions pas que la gestion forestière ne fait que reproduire de façon programmée, encadrée et maîtrisée ce qui se passe depuis la nuit des temps au sein du milieu naturel. En effet cycle de la vie des végétaux, tempêtes, dégradations, cataclysmes divers, colonisation naturelle, et autres événements ont assuré à leur manière, souvent brutale et imprévisible, la « gestion du milieu naturel » bien avant que l’homme « n’y mette sa patte ».

Bruno Robert
Garde Forestier 
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