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LE MOT DU GARDE : CHAUFFAGE AU BOIS, utopie ou réalité ? (2)

chauffage boisEn ces temps d’incertitudes climatiques toute alternative permettant d’échapper à la menace mortifère de la combustion des énergies fossiles paraît séduisante.
Il en est ainsi du chauffage au bois, représentant 45% de la consommation d’énergie renouvelable. A première vue ressource abondante, émission de gaz carbonique « récent » en principe compensé par le stockage du CO2 « actuel » dans la croissance de la forêt. Cette option semble idéale mais mérite une réflexion plus approfondie :
Tout d’abord, distinguons deux types de ce chauffage :
- Le chauffage domestique avec des bûches ou des « pellets » (sciure compressée et agglomérée par sa propre résine)
- Le chauffage collectif assuré par des chaudières à « plaquettes forestières » (fragments de bois déchiqueté)
Unique fournisseur de cette filière, la forêt :
 
Ressource, certes abondante mais non inépuisable. De plus elle n’est pas disponible en totalité :
- Parce qu’on ne peut dépasser la quantité produite par la croissance annuelle sans risquer de « taper » dans le capital, (cet accroissement est visible sur la tranche d’une bûche : chaque épaisseur concentrique représente cet accroissement qui multiplié par tous les arbres d’une forêt constitue ce qu’on appelle volume d’accroissement annuel. En Cerdagne pas plus de 2 à 3 mètres/cube par hectare et par an)
- Parce que toute la forêt n’est pas accessible sans investissements importants.
- Parce qu’enfin il serait déraisonnable et économiquement absurde d’utiliser des bois destinés à un usage plus « noble » et rémunérateur tel que menuiserie charpente entre autres.
- Parce que l’extraction systématique de toute la biomasse lors des exploitations (cimes, branches, chûtes de bois) mettrait en péril la structure des sols. En effet, ils se verraient privé de la restitution de matière organique sans laquelle ce sol ne serait que sable instable et stérile.
Quant aux émissions de gaz à effet de serre : au niveau local, le bois c’est mieux que le charbon ou le fuel, mais si ce mode de chauffage est généralisé, il faudra aller chercher la matière disponible plus loin, plus haut. S’ajouteront donc à l’exploitation et la transformation, consommateurs d’énergie fossiles, les travaux d’infrastructure et le transport tout autant consommateurs de ces mêmes énergies. A cela il ne faut pas oublier l’inévitable augmentation du prix induite.
Résumons :
 
1 / Chauffage domestique :
Réaliste surtout dans des maisons bien isolées avec des poêles performants et à bon rendement
 
2 / Chauffage collectif :
Réaliste à ce stade de connaissances techniques actuelles s’il est réservé aux immeubles neufs et conçus en ce sens, tel le nouveau groupe scolaire de Font Romeu
Réaliste d’y associer les énergies renouvelables que sont l’eau (turbines électriques), le vent (éoliennes) ou le soleil si généreux en Cerdagne.
Utopique, coûteux, pour le moins prématuré et pas si neutre que ça au niveau du bilan carbone, si on voulait le généraliser à toutes les structures existantes.
 
Enfin le choix du chauffage « bois » ne peut se faire sans l’élaboration à l’amont d’un plan de mobilisation global de la ressource disponible.
 
Bruno ROBERT